Vendredi 1er-Dimanche 3 Novembre 2002
Vendredi
Une sortie au Ring en Novembre ? Drôle d'idée... D'autant plus que la dernière tentative dans le genre s'était soldée par un aller retour express en Allemagne, juste le temps d'admirer les portes closes de la Nordschleife, sous un paysage enneigé. ...
Toutefois, c'était en ... 1997, et le réchauffement de la planète aidant pourquoi ne pas tenter l'aventure ?
De toute manière, quand on est en manque de Ring, peu importe la météo. Celle-ci prévoit d'ailleurs trois journées de pluies intensives pour le week-end du 1er Novembre.
Même si l'idée initiale était une tentative de record personnel sur la grande boucle, on se rabattra sur une visite plus "platonique" agrémentée de quelques ballades dans les feuilles humides.
Pas de convoi cette fois, je pars seul avec une saxo réparée, ne portant plus l'empreinte de ce gros cochon de sanglier (voir épisode précédent) .
Arrivée
sur place à 14h00. Et instantanément, je tombe sur des français,
Antoine et ses amis, que nous avions déjà croisé en
Juillet. Ils sont là pour la journée. Malgré l'envie
irrépressible de sauter dans l'auto pour boucler un tour, il faut
bien discuter un peu. Antoine semble avoir trouvé des plaquettes
spéciales très performantes, en métal fritté,
qui fonctionnent très bien sur son audi S2. A retenir, mais l'inconnue
pour l'instant reste la longévité des disques avec un tel
montage.
Apparemment un autre groupe de français est présent avec des Porsche, dont un Speedster "maison" assez démentiel et surpuissant. Hélas, les premiers contacts étant assez froids, personnellement, j'en resterai là. Antoine et sa bande seront plus tenaces, et finiront par avoir droit à un baptême à bord du monstre.
Il manque quelque chose, mais la puissance est là ...
Something is missing, but power is here...
De toute manière, pas le temps pour les relations publiques, il faut tourner, car la piste doit être partiellement sèche, grâce à quelques éclaircies relatives. C'est toujours bon à prendre.
Sur le parking, je cherche la grande nouveauté du mois : les pancartes interdisant les vidéos sur le circuit. La mailing list Ringers en a abondamment parlé, mais tout cela ne saute pas aux yeux.
En fait c'est en arrivant au barrières que tout s'éclaire : les imprimés sont directement collés dessus, en allemand et en langage européen.
On n'avait donc par rêvé, Nurburgring GmbH a banni toutes formes de prises de vues sur le circuit. Officiellement parce qu'un abruti a trouvé le moyen de publier sur son site la vidéo d'un accident mortel, mais aussi pour des raisons commerciales de droit à l'image. Toutefois, tout cela paraît un peu fallacieux, et on reste perplexe sur les vrais motifs de l'ukase.
Autre problème, c'est virtuellement inapplicable, même si les commissaires veillent, et rattrapent par le col tous les contrevenants. Du moins tous les contrevenants qui ne savent pas lire et .... mais chuuuutt !!
Bonne surprise, sur la piste, la trajectoire est sèche à 95 %. En fait, c'est toute la malice du Ring qui transparaît durant ce tour. Quittant les stands sous un ciel menaçant et sombre, les virages s'enchaînent dans la brume et le froid. puis soudain peu après Adenau le soleil arrive à percer. Dans toute la partie haute du circuit de merveilleuses couleurs automnales se détachent soudain. Les rayons de lumières font scintiller les milliers de feuilles jaunes vif qui enrobent l'austère forêt noire, et ... Bref, on a beau être sensible, ça n'empêche pas de tirer 7000 sur tous les rapports, d'autant plus que la trajectoire est quasi-sèche . Pourtant de longues parties humides restent présentes, mais jamais gênantes, car situées hors des freinages et des appuis.
Ah, faire voler les feuilles ...
Ah, make leaves fly ...
(Photo Laurens de Jong)
A la sortie de Brunnchen 2, une auto totalement détruite gît le long du rail intérieur. Son propriétaire est indemne mais penaud, et seuls 50 cm de la calandre sont identifiables : c'était une BMW.
Revenu dans la ligne droite, on retombe dans les nuages et l'obscurité , et le moral baisse d'un coup. Etonnant contraste.
Déambulant sur le parking, je tombe sur une vieille connaissance : Laurens De Jong, le docteur es-Ring venu de Hollande dans sa 206, accompagné de sa soeur, Esther. Pour le moment, tout le monde va tourner, on se verra plus tard pour papoter.
Pour le second tour, plus question de se passer de la vidéo. C'est interdit certes, mais l'exeption culturelle française après tout, consiste aussi à filmer ce qu'on veut quand on veut, non ? Bien entendu, il a fallu modifier un peu le montage pour le rendre plus furtif, mais tous ces détails sont désormais classés "Très Secret" Un doute subsite : les marschalls vont-ils tout découvrir ? Le risque va au delà de la simple engueulade dans une langue adéquate, car ils peuvent très bien vous interdire de Year Ticket à l'avenir...
Tout fonctionne, comme prévu, mais il faut avouer que cela génère un stress suplémentaire dont on se passerait bien.
La pluie ne vient toujours pas, et ce tour sera tout à fait exploitable. Du coup, ressurgissent les idées de record... Bien aidés par le chrono final : 9' 15 BTG soit juste trois secondes au dessus de mon record sur l'auto. Et pas très loin de celui établi sur la 206 S16 : 9' 07" BTG réalisé en 2000 dans les même conditions : le froid de fin d'année permet au moteur de sortir quelques chevaux supplémentaires, c'est très net.
Par ailleurs, de nombreuses secondes ont été trouvées en modifiant de mauvaises habitudes. Fini les passages de vitesse anticipés pour soulager le moteur. Désormais la bosse de Quiddelbacher Hohe se passe en 4e et le délestage qui suit amène à 200 tr du rupteur. Idem dans la montée, on reste en 4e et c'est d'un coup 15 km/h de plus qui apparaissent. En été on risquerait la surchauffe, mais plus aujourd'hui. Après un tour plutôt brouillon, la différence saute au yeux : 8' 56" BTG !
C'est donc encore assis sur un petit nuage que je sors de l'auto. Pour aussitôt être abordé par Lennart Jarmyr. Ceux qui auront lu les pages "Histoires" de ce site le reconnaîtront : Lennart, suédois de son état nous a fourni de nombreuses photos du Ring datés de 69 à 71 ! Mais magie et infortune du net, nous ne nous étions jamais rencontrès.
Il est arrivé le matin même après avoir quitté la Suède la veille : un périple qui donne la mesure de sa passion pour l'endroit, On sent vraiment qu'il avait besoin de venir, quitte à abandonner sa famille un moment. C'est un véritable connaisseur du sport auto, dans tous ces détails, et pour lui l'aspect culturel du Ring est aussi important que de boucler quelques tours dessus à bord de sa Golf Combi.
Enfin, nous avons rencontré Lennart Jarmyr, notre historien du Ring ( voir les pages historiques pour contempler ses passionnantes photos )
At last we met Lennart Jarmyr, our Ring historian ( see history pages to watch his wonderful photos )
Lennart est très content de son hotel à Adenau, car il peut voir la piste de sa chambre, un whisky à la main, sans qu'on sache bien ce qui des deux est le plus important !
Nous reparlons de quelques projets communs, car il possède encore de nombreux témoignages des temps anciens, non encore retrouvés... Une anecdote lui vient d'ailleurs : il raconte jovialement qu'en 1970, il avait bien une caméra super 8 avec lui, oui. Seulement les rares images qu'il a tourné sont celles de la route d'Adenau ... Pas le moindre rush de la Nordschleife lors de ses tours en passager ! 30 ans plus tard la perte me semble immense, mais lui ne se bile pas pour si peu.
Nous repartons chacun pour un tour. A Schwedenkreuz une porsche est sortie à l'intérieur de la courbe projetant de grosses mottes de terre sur au moins 50 m. Rien de très grave. Déjà deux crashs et toujours pas de fermeture de piste, ce qui confirme une intuition : quand le traffic est léger, on ne ferme pas à la première occasion venue comme en été.
Au restaurant de la Nordschleife, je retrouve Laurens et sa soeur attablés. Laurens va s'exhiler au Etats Unis en Mai prochain et il a décidé de quitter la Nordschleife sur un chiffre rond : 400 tours au volant. Ce qui explique qu'on le revoit ici malgré quelques vélléités de décrocher du Ring par le passé. L'autre raison s'appelle Esther, sa soeur donc, qui en Juillet 2002 a voulu voir à quoi ressemblait le fameux circuit des fous, par simple curiosité. Funeste erreur : bien que ne conduisant pas, elle enchaîne depuis les tours en passager par dizaines, depuis 6 sorties. Le tout aux coté des plus illustres Ringers. Caractéristique principale : n'a jamais peur, même en GT3. Et son enthousiasme fait craindre le pire : "She's not addicted" souligne-t-on ironiquement.
Lennart, entouré de Laurens et Esther de Jong : ces extrémistes du Ring on l'air presque normaux, non ? Effrayant ...
Lennart Jarmyr between Laurens and Esther de Jong : those Ring extremists look almost normal, don't they ? Scary ...
J'apprend que demain matin a lieu une épreuve GLP ( et non pas GPL ), ce qui signifie, vous l'aurez compris : "GleichmäBigkeitsprüfung" (voir www.gpl1.de)
Bref c'est une épreuve de régularité, et donc pas une course, où il faut boucler 12 tours sur la base d'un temps de référence à répéter à la seconde près à chaque boucle. Rien à voir avec une descente de Fuchsrohre à quat' de front, les chronos devant obligatoirement se situer entre 10 et 15 mn au tour, à charge au copilote de veiller à la régularité des passages.
Quelques Ringers participent, dont Matthias Flatt qui emportera comme copilote, devinez qui ? Esther. On peut trouver des Samedi matin moins intéressants. Bref.
Pour l'heure place à la piste. Je prend Laurens en passager pour lui infliger un des tours les plus pitoyable de la Création : des goutttes tombent, et on ne sait plus reconnaître les parties sèches des parties humides, bref, on ne rigole plus et le rythme devient digne d'une Mercedes en rodage. Interessant quand on a clamé partout qu'on vient de pulvériser un record...
A la sortie Ex-Mulhe, la saxo se retrouve avec deux roues dans l'herbe par dessus le vibreur, pourtant bien haut à cet endroit. Et sur le reste du tour, les trajectoires seront massacrées sans pitié. Laurens commence à penser que je ne connais décidemment aucun des mille petits trucs qui font l'expert es-Ring. Au point qu'il en vient à m'aider, plein de compassion. C'est désormais un témoin gênant, mais je ne pouvais me débarrasser du corps sans acide sulfurique.
Nous inversons les rôles dans sa 206 110ch. Il met un point d'honneur à suivre la ligne au millimètre, par pure méchanceté bien entendu. Bien aidé par la 206 qui reste tout de même un chassis hors du commun. On a beau en avoir possédé une, quelle surprise en rédécouvrant ses entrèes en courbes "automatiques" , cette auto tourne toute seule. A schwedenkreuz, Laurens rentre vraiment très vite , ce qui prouve qu'il sait aussi s'en servir. Un style souple et efficace. La piste est vide, le Ring tel est qu'il devrait être.

La 206 sous la pluie, toujours à l'aise.
206 on the wet, at its ease.
De retour au stands, après avoir discuté avec d'autre Ringers, dont Matthias Flatt et sa BMW touring, la deception est vive : à peine 16h 40 le circuit est déjà clos ! Raison officielle : il fait trop sombre à cause des nuages. Ce qui fait rire tout le groupe, chacun ayant au moins une fois roulé sur le Ring dans des conditions bien pires.
Tout cela laisse quelques heures devant soi, de quoi aller s'installer au Weber pour ma part, où le patron semble même reconnaître ma bobine : bref c'est bon d'être chez soi, loin des radars et des présidents fous.
A 20h00, petit regroupement au "Fuchsrohre" le bar-restaurant si bien nommé, tenu par ... la pilote du Ring taxi, Sabine Reck. Tout se tient à Nurburg. On sent qu'une cohérence se dégage de l'ensemble n'est-ce pas ?
Laurens, Esther et Lennart sont là et l'on reparle de l'épreuve GLP. Puis Lennart nous sort les programmes des courses qu'il a vues étant jeune, et même de plus anciens. Toute une époque : on reparle alors des vrais circuits, sans chicanes et un peu rudes, certes. De ceux qui étaient susceptibles de modifier les courbes démographiques à chaque épreuve.
Sabine nous apporte le réconfort gastronomique. Un simplicité qui laisse sans voix pour une fille qui a gagné plusieurs fois les 24 h du Ring dans des écuries d'usine.
C'est ensuite dodo-time, car demain il pleut, et ça va être une autre paire de manche.
Samedi
Au reveil, le déluge de la nuit fait place au soleil. D'abord timide car encerclé de gros nuages. Juste le temps de se goinfrer de charcuterie lors du petit déjeuner, et le départ vers le Ring se fera sous un ciel quasi-azuréen. Reste que tout est détrempé.
But de la matinée, assister au "regularity test" GLP donc, puisqu'il occupe le circuit à notre place. La zone de départ est situé à la tribune 13, alias l'ancien départ de la Nordscheife. En remontant l'étroit chemin qui part de la rue principale de Nurburg, c'est mine de rien un flashback brutal : plus de 4 ans que je n'étais pas venu là, depuis que le public est dirigé sur le nouveau départ. L'immense portail en tôle n'est qu'entrouvert. Ne sachant trop si on est autorisé pénétrer, je reste discret. Joie intense de se ballader de nouveau en ce lieu, un simple parking d'une centaine de mètre coincé entre la tribune 13 et la piste. Avec vue sur l'intérieur du circuit de F1. Des commissaires veillent, dont un au moins me connaît. Mais ça n'a pas l'air de poser de problème, car il n'y a quasiment aucun spectateur.
La tribune 13 et les stands associés, comme au bon vieux temps.
Tribune 13 and its pits, like in the good old days.
Les autos, regroupées dans la chicane d'Hohenrain avant d'être lancées, sont cachées par la tribune. Puis le départ est donné, un véhicule à la fois. Les autos défilent donc devant nous pour s'engouffrer vers Hatzenbach.
Une équipée particulièrement hétéroclite, comme lors d'une journée ouverte au pulic. Beaucoup d'autos sont purement routières.
Attention, lors d'une épreuve GLP, la petite alfa peut finir devant la musculeuse audi.
Be careful, in a GLP event, the little Alfa may rank above the audi.
Du bord de la piste, les différences de rythme sont flagrantes. Il faut dire que la piste est encore totalement humide. Du coup les chronos de référence deviennent moins ridicules. Le temps est choisi par le pilote de l'auto, mais celui qui choisit 10 mn risque d'être embêté aujourd'hui ...
De toute évidence, certains sont peu soucieux du réglement, et s'assoient poliment sur la notion de régularité pour simplement s'amuser sur la grande boucle. Bonne idée, d'autant plus qu'ils peuvent effectuer pour l'occasion des tours complets, avec la ligne droite. Le tout pour un coût raisonnable par rapport au prix du tour : 180 euros.
La BMW de Matthias Flatt passe régulièrement par contre, car lui n'est pas là pour feinter, et joue le jeu.
La BMW touring de Matthias Flatt, à la frontière de deux monde (mais du bon coté).
Matthias Flatt's BMW touring, on the border line between two worlds ( on the right side though)
Entre deux passages, un coup d'oeil sur le circuit des courses ennuyeuses : un nombre incalculable de Renault, new Megane, Vil Satire et Avant l'heure, font apparement des exercices de maniabilité en ordre rangé. C'est fou comme ces modèles récents ont l'air taillés pour le circuit ...
De retour aux choses sérieuses, après 6 tours c'est le pits stop obligatoire pour les équipages, qui rentrent tous sur le parking pour une pause. Retrouvant la BMW bleue désormais familière, matthias m'explique qu'il a été gêné, ce qui l'a retardé de deux secondes sur un des tours. Il a choisi de tourner en 14 mn, mais je n'ai pas tout compris quant à la méthode employée pour s'y conformer : apparement, il s'agit de rouler normalement, donc bien, dans la partie sinueuse, et de perdre volontairement du temps dans la ligne droite. Aaaahhh c'est donc bien une discipline d'intellectuel ce truc, une brute normalement constituée ne pouvant décemment pas concevoir de lever le pied !!! Reste qu'il se passe tout de même des choses, comme un bon travers à Brunnchen, et autres facécies. Esther n'est pas émue mais toujours enthousiaste, plongée sur une feuille de chronos partiels.
L'équipage.
The crew.
Alors que tout le monde repart pour les 6 deniers tours, il est temps d'aller revisiter Hatzenbach, la partie du circuit la plus proche. La piste est désormais presque sèche. La grande courbe à droite de la descente n'est reste pas moins impressionnante, d'autant plus qu'elle est curieusement dépourvue de vibreur en sortie en cas d'erreur.
En remontant sur la butte, on trouve une vue superbe sur les S d'Hatzenbach.
Le Ring en novembre : on fait pire comme endroit ...
The Ring in November : not such a bad place...
(hatzenbach)
La fin de l'épreuve signifie qu'il faut se rapprocher de l'entrée de la Nordschleife, car la piste va ouvrir. Lennart a eu la même idée, nous arrivons au même moment.
Du coup nous mangeons ensemble. Un personnage décidémment sympatique ce Lennart. Après avoir découvert le Ring il y a plus de 30 ans, la vie quotidienne l'a vite rattrappé et il n'est revenu sur le circuit qu'en 1998. Il avoue pourtant avoir sans cesse repensé à la Nordschleife durant ces années, et en parle un peu comme d'une maîtresse, sur le ton d'un regret.
Il faut dire que vu de suède, tout est plus compliqué, il faut passer plusieurs bras de mer. Une idée de la chose : une simple visite sur quelque jours lui revient à 900 euros... Tout à coup par comparaison, on se sent beaucoup plus proche du circuit, quand on a à peine 300 km de terre ferme à parcourir.
Quand le circuit ouvre, nous sommes fin prêts. La météo est splendide, ce qui porte à croire que par "prévision catastrophique" , on parle bien de la prévision et non pas de la météo. Toutefois tout n'est pas sec au royaume du Ring, mais c'est en bonne voie. En attendant, cela vaut quelques passages irréels. Dans le fuchsrohre, toute la descente se fait sur le mouillé, à des vitesse folles. Et au dernier moment, juste avant de s'inscrire dans la cuvette, on repasse sur le sec, sauvé ainsi in extremis d'une mort certaine. Ou peu s'en faut alors.
A Wippermann, le premier droit se passe à fond en dérive sur les plaques d'humidité, sachant là encore que 20 m plus loin tout est sec et qu'on pourra enfin freiner. On se prend à narguer le monstre de l'Eiffel.
Les poêtes eux retiendront les belles trajectoires qui se matérialisent à travers les feuilles mortes qui jonchent la piste.
Les chronos sont toujours bon, mais le trafic gêne parfois. Tout d'abord une procession d'auto anciennes, puis un motard qui, très intrigué par la petite auto qui le suit, regarde dans ses rétros à chaque sortie de virage pour voir si il ne rêve pas. Amusant complexe de supériorité de (certains) deux roues.
Un motard sympa (celui-là) : Motard de Novembre, se gèle l ... euh..
A nice biker (not always the case), and a genuine one considering the season.
(Hatzenbach)
Dans le parking nous croisons Christer, heureux propriétaire d'une corvette noire qu'il pilote sans réserve. Une conversation s'engage entre lui et un réprésentant de chez Mov'it, la marque de frein, qui sous traite pour les plus grandes marques. Le commercial en question revendique une longévité de 300 tours sur le Ring, ce qui semble impossible au malheureux possesseur de ralentisseurs monopistons montés sur des disques de 247 mm.
Retrouvant les 120 ch de la saxo, un tour rapide semble dans l'air. Mais à Hohe Acht, il faut ralentir car un dépannage est en cours, consommant les deux ou trois secondes qui auraient permis de battre le record de la veille. Tant pis, on conserve malgré tout un souvenir vif des passages en courbe , ce qui permet de rester shooté plusieurs minutes après le retour au stands...
Laurens, Esther et Lennart font eux aussi des ronds.
206 vert anglais pour une météo anglaise.
English green 206 for English weather
(Brünnchen)
La fin de journée approche et Esther monte en passager à mes cotés. Le tour sera mieux maitrîsé qu'avec son frère la veille, malgré un phénomène déroutant : à chaque freinage, c'est tout juste si l'on a pas l'impression qu'elle s'assomme dans le pare-brise, sa tête partant en avant assez violemment. Illusion d'optique, seuls ses cheveux font le mouvement, mais on a un peu la sensation d'être une brute épaisse, quelque part.
En sortant de la piste, deception, le circuit est déjà fermé. Laurens surgit dans sa 206, s'incruste en ignorant les barrières, papote 10 secondes avec un commissaire, et obtient le privilège de partir malgré tout. N'osant pas faire de même malgré les injonctions d'Esther, nous en resterons là.
Lennart repart pour son hotel, il doit se reposer se soir, et traiter son mal de dos par un sérieux whisky.
Nous ne serons donc que 3 ce soir au Pistenklause.
Au cours du repas, nous reparlerons de l'accident de Joerund Seim, au mois de Juillet. Laurens, comme d'autres Ringers, comptait parmi ses amis, et le vide qu'il laisse est évidemment énorme. Curieusement, ce drame n'est pas réellement imputable au Ring. Ce ne sont pas les rails de sécurité, très proches de la piste, qui ont occasionné le choc mortel, mais un vibreur, comme on peut en trouver sur d'autres circuit, réputés beaucoup plus sûr.
Dimanche
Aujourd'hui, arrivée au circuit pour 10h00 : inutile de se presser, la pluie tant attendue est bien là. Mais bizarrement, après deux bonnes journées sur piste sèche, on se sent prêt à affronter des conditions plus difficiles. C'est mal se souvenir de ce que "pluie" veut dire, au Nurburgring...
En bon nordistes rompus à une météo capricieuse, mes trois accolytes sont déjà sur la piste.
Le premier tour en saxo sera, ma foi, assez satisfaisant. Pas de chaleur, une impression d'ensemble assez fluide, pour un peu on prendrait l'affaire à la légère.
Pourtant, les deux tours suivant seront de moins en moins serein. Sans raison particulière, on sent qu'un stress s'installe et la pression, finalement beaucoup plus forte dans ses conditions, poursuit son travail de sape.
Lennart et Laurens avoueront souffrir des même symptômes : plus ça va, moins ça va. Difficile à expliquer, c'est un peu comme si la piste devenait de plus en plus piègeuse. Ce qui est peut-être vrai.
Mais il semblerait que c'est surtout la répétition de mini-erreurs, au fil des tours, qui joue sur la confiance. On se prend à glisser à un endroit du circuit , sans avoir l'impression de se faire peur, mais il n'empêche qu'au tour suivant, on s'en souvient. Les nerfs travaillent.
Ne jamais prêter son appareil photo, le résultat peut-être vexant !
Never lend your camera, the result might be vexing !
(photo Laurens de Jong, Pflanzgarten 1)
Dans le parking, une évidence s'impose : il y a très peu de grosses autos. Seule une GT3, très rapide sur la piste, avoue plus de 250 ch. Mais l'astuce est vite révélée : elle roule en pneus pluie non homologués route, ce qui est interdit mais aide bien quand même.
Lennart emporte Esther en sac de sable. Tout deux en reviennent changés. A Wippermann, la Golf Combi a laissé libre court à sa créativité , partant dans plusieurs travers assez novateurs. Lennart s'est vu repartir en train, et surtout un détail lui est revenu à l'esprit : c'est la voiture de sa femme.
Coté météo, jamais deux sans trois : on va vers une piste sèche pour l'après midi. Du coup il devient urgent d'attendre un peu.
D'où une séance de papotage dans le parking. Nous croisons Sabine Reck, qui fait tourner son Ring taxi, malgré une mine totalement défaîte. Nul doute qu'en voyant cette grosse fatigue Zola aurait écrit un brulôt sur l'enfer des pilotes qu'on tue à la tâche au volant d'une merveilleuse auto sur un merveilleux circuit. Blague à part, c'est tout de même un métier, avec ses obligations...
Pauvre Sabine, obligée de travailler en plein air dans le froid et la pluie ...
Poor Sabine, forced to work outdoors even when it's cold and rainy...
(Photo Laurens de Jong, Pflanzgarten 1)
A propos du Ring taxi, ses freins restent en dimension d'origine, ce qui paraît fou. Autre détails, les pneus durent 10 tours et la caisse est réformée au bout de quelques centaines, car elle finit par se tordre. Cocasse non ?
Après une bonne heure, nouvelle tentative , avec Esther à droite. La piste a considérablement évoluée, et est presque sèche. Le seul vrai gag se cache à Megesfeld : tout est sec depuis plusieurs kilomètres, on entre dans la courbe, qu'on voit mal, et on tombe nez à nez avec une coulée d'eau de deux mètres de large qui déstabilise l'auto un instant, comme ça, en plein appui. Fort heureusement, pour éviter le "syndrome Lennart ", on ne parlait pas au même moment.
Esther semble apprécier la saxo, et insiste pour repartir au plus vite : une soif de Ring qui fait plaisir à voir !
Coté conducteur par contre, la fatigue se fait sentir au bout de trois jours, et ce malgré de bonnes nuits. C'est particulièrement flagrant quand j'entreprend de refaire un tour "rapide" : les erreurs fusent. Dans les S de pflanzgarten 3, pas moyen de rentrer la 5 à temps : trop tard, il faut serrer les fesses et effectuer les trois changements d'appui au point mort, tout en douceur. Pas bouger voiture, pas bouger ....
Nos deux néerlandais sont toujours là au retour, bien qu'ils répètent depuis une heure qu'ils doivent rentrer chez eux. Mais en fait un grand évènement se prépare : le premier tour d'Esther au volant ! Il faut dire que les pressions extérieures étaient fortes. Qui plus est, elle effectuera un tour complet, sans être aidée par la dépanneuse !
L'heure de fermeture approche, et je me retrouve tout seul : Esther et Laurens nous ont quittés, et Lennart a rejoint son whisk... son hôtel.
La lumière est déjà mourante quand j'entame un autre tour. A la chicane d'Hohenrain un break distrait ou carrément idiot me tasse contre le rail puis essaye de résister à l'entrée du virage. Il me klaxonne ensuite des choses à peines avouables, de rage.
Ce sera le dernier tour de l'année sans doute, car un commissaire a le mauvais goût de placer une barrière devant la saxo au moment précis où j'allais passer devant lui.
Mais frustration sera de courte durée.
En effet comment se plaindre après un week-end aussi réussi ? Tous ceux qui étaient là ne vinrent que pour ressentir une fois de plus l'esprit des lieux, sans but très précis. Une poignée de gens qui se sentent chez eux à proximité du Nurburgring et pour qui il est naturel, mais surout nécessaire de revenir se ressourcer, un peu comme en famille.
Alors quand, on a la chance de pouvoir en plus profiter de toutes les facettes du Ring, de le voir se transformer en quelques heures du tout au tout, véritable champ de bataille où tous les éléments s'affrontent, et bien la récompense est belle. Et on finit par croire que ce vieil ami joue parfois de bon tours...